Claude Ruey Conseiller national
 
 

Sortir la santé des querelles politiques et agir par le dialogue


14 juin 2010


«Quand on lui montre la Lune, l'imbécile regarde le doigt», dit le proverbe chinois. C'est regrettable, bien sûr, mais enfin, tout le monde peut se tromper. Aujourd’hui pourtant, quand j’observe le comportement de certains acteurs politiques du domaine de la santé, ce n’est plus la lune qu'ils montrent, mais bien le doigt lui-même. Si bien que je pourrais dire: «A celui qui espère la Lune, le démagogue montre le doigt». C'est là que réside l'obstacle aux réformes nécessaires de notre système de santé: les démagogues focalisent le débat sur de faux problèmes.

 

Alors que ce sont les coûts globaux et leur financement qui sont le réel problème du système de santé en Suisse, on cherche à restreindre le débat aux seuls frais administratifs, qui ne sont qu’une infime partie de la facture (un vingtième) et qui existeront toujours, quel que soit le système. Et on laisse de côté l’essentiel de la facture! Ce n’est plus la lune qu’on montre, c’est le doigt!

 

Le fait de départ est incontestable. Les coûts de la santé battent régulièrement les records établis, plus facilement que les athlètes les mieux dopés dans les compétitions sportives. Ce n'est pas une tare de notre pays, c'est un phénomène international. Il n'en reste pas moins que les coûts de la santé augmentent trop et trop vite pour rester supportables. Il faut donc s'attaquer aux causes principales du phénomène en concentrant les efforts sur la grande masse des dépenses. C'est le simple bon sens. Mais les démagogues prisonniers de l’idéologie étatiste en décident autrement. Ils préfèrent en rester à l’accessoire, soit aux frais administratifs des caisses et lancer ou relancer l'idée d'une caisse d'assurance-maladie unique. Non seulement une telle solution de monopole irait selon toute probabilité à l'encontre de son objectif, en augmentant les coûts administratifs comme toute bureaucratie centralisée y parvient avec aisance. Mais en admettant qu'elle parvienne à faire quelques économies, celles-ci ne toucheraient qu’une part infime du montant global des dépenses de santé de notre pays (4 0/00 à 8 0/00). On aurait tout chamboulé pour un résultat négatif, au mieux proche de zéro. A ce stade, ce n'est plus simplement de la démagogie, mais de l’aveuglement.

 

Aveugles, ceux qui refusent de voir la réalité des coûts pour se limiter à modifier les structures juridiques des caisses.

 

Aveugles, ceux qui s’apprêtent à mettre à mal une solution raisonnable de réseaux de soins gérés parce qu’il paraît que ce n’est pas politiquement correct, à gauche, de vouloir éviter une surconsommation de soins.

 

Aveugles enfin, ceux qui, au nom d’une idéologie étatiste, ont fait capoter une réforme d'envergure en 2003, la deuxième révision de la LAMal, pourtant lancée à l’époque par la conseillère fédérale Ruth Dreifuss.

 

Depuis, on est allé de blocages en blocages. Le moment est venu de sortir de ces blocages et des querelles stupides, de bâtir la confiance. Il faut saisir la volonté d’'ouverture du conseiller fédéral Didier Burkhalter dans un esprit constructif. Il faut aborder les réalités en face, sans préjugés, ni aveuglement. C’est ce que veulent les assureurs de santésuisse.

 

Preuve par l’acte de cette volonté d’agir positivement: en avril dernier, santésuisse a lancé un signal fort aux assurés et au monde politique en proposant un train de mesures pour améliorer le fonctionnement de l'assurance maladie obligatoire. En simplifiant, ces propositions s'articulent autour de quatre axes de progrès:

1. santésuisse veut mettre un terme à la concurrence que les assureurs se livrent au niveau des primes au travers de la "chasse aux bons risques". Cet engagement implique la modification de l'actuel système de compensation des risques et l'interdiction des subventionnements croisés.  

 

2. santésuisse soutient la promotion des offres de soins gérés, le managed care, pour favoriser une prise en charge coordonnée des patients, gage d'innovation, de qualité et de bonne gestion des coûts.

  

3. santésuisse est favorable à plus de transparence et à un contrôle renforcé des caisses par la Confédération, par le biais de l'Office fédéral de la Santé publique. 

 

4. santésuisse réclame un programme d'économies qui puisse avoir un impact sur les primes de 2011. Ces mesures doivent toucher le domaine des médicaments et des appareils médicaux et fixer des tarifs identiques pour les prestations ambulatoires, qu'elles soient fournies à l'hôpital ou dans un cabinet médical.

          

Dans le domaine de l'assurance obligatoire, où ils ne font pas de bénéfice, les assureurs ne sont en fait que les représentants des assurés. Ils n'ont pas d'intérêts partisans contrairement à la caricature que l'on veut donner d'eux. Le but est de concevoir des solutions permettant d’assurer les meilleurs soins possibles à l’ensemble des Suisses aux meilleurs coûts possibles.

 

Notre système de santé est un système mixte où cohabitent secteur public et secteur privé.  Comme en Allemagne qui applique déjà le financement hospitalier qu'il conviendra d'introduire dans notre pays; comme en Hollande, où le gouvernement malgré sa composante socialiste, a donné plus de marge à l'initiative privée. Ce système mixte se révèle plus efficace, plus réactif aux besoins des patients que les systèmes étatisés dont le Québec illustre aujourd'hui les dangers. La Belle Province connaît actuellement une pénurie de soignants, les files d’attente interminables et même des morts dues à la surcharge d’un système dans lequel l’Etat veut tout gérer. On comprend pourquoi le président du Collège des médecins québécois, le Dr Yves Lamontagne, demandait en mars dernier la dépolitisation de la gestion des services de santé. Le rôle d'un gouvernement, rappelle-t-il, est d'établir une politique de la santé, non de faire de la politique avec la santé. Exactement le contraire de ce que certains préconisent chez nous, en réclamant une assurance monopolisée, mais aussi une extension des structures étatiques et des médecins fonctionnaires, à tout le moins tous salariés (voir par ex.l’Hebdo du 14 mai 2009).

 

En Suisse, c'est le débat que nous devons dépolitiser. L'idéologie nuit à l'analyse concrète des réalités et à l'intérêt commun. santésuisse est prête à construire des solutions réalistes dans le cadre du dialogue ouvert par le Département fédéral de l'Intérieur. Ce dialogue est possible entre tous les partenaires, à condition de laisser les armes de l'idéologie au vestiaire. A chacun maintenant de faire un effort. C'est ce que la population attend. L'occasion nous est offerte de ne pas la décevoir.  

Claude Ruey



   
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